jeudi 24 décembre 2015

Etoile



Étoile







  
  Elle rentre dans cette chambre d’enfance qui n’a pas changé.

Le reflet du soleil pâle d’octobre donne une atmosphère parfaitement adaptée, emprunte de nostalgie et de douceur.

Les souvenirs d’une enfance heureuse où elle ne manqua de rien pas même d’amour lui parviennent comme un écho du passé.

Elle marche doucement, lentement, comme si elle avait peur de briser cet instant magique où pour une fraction de temps on retombe en enfance.
Elle caresse doucement chaque meuble, chaque objet comme pour mieux replonger dans sa mémoire. Ses yeux parcours chaque centimètres carrés de cette pièce qui, un à un, lui rappel des moments de son histoire.

D’un coup ses yeux s’arrêtent. Elle fixe un mur, une image... 

Une larme coule sur sa joue, comme un éclair, comme un rayon de soleil qui déchire le ciel gris. Elle se rappel et comprend enfin. Comment avait-elle pu oublier ?

Sur le mur, une photo en noir et blanc, une danseuse étoile en plein vol.
Tant de fois, elle s’était demandé, enfant, qui pouvait être cette fille si belle et gracieuse, tant de fois elle s’était demandé à quoi pouvait bien penser cette ange qui semblait venir d’ailleurs, ce qu’elle pouvait ressentir lorsque les yeux étaient posés sur elle.
Bien des années plus tard elle le sait enfin.

Cet instantané pris par un photographe de passage, ce saut, n’est que le saut de la liberté. Cette fille qui danse est libre. La foule qui la regarde, admirative, les applaudissements, le crépitement des flashs, rien n’existe pour elle. Elle se situe dans un autre monde, la musique est le pont qui la relie à cet univers inaccessible au commun des mortels. Chaque geste, chaque pas d’une danseuse, n’est que transe. Libre de toute contrainte, même de la gravité. Mais danser ne signifie pas seulement être libre.

Danser est ce qui lui permet d’ être en vie.

Les danseuses sont pareilles à des boxeurs. 
Les sacrifices, les souffrances, l’effort, tous ce que nous jugeons, nous, comme des peines qu’ils s’infligent ne sont rien d’autres pour eux qu’une preuve de leur existence. Ils veulent se prouver qu’ils existent, qu’ils vivent et n’ont trouvés comme moyen d’exprimer cette ambition que leur sport, leur art et la souffrance qu’il exige.
Lorsqu’ils montent sur un ring, ou quand elles sont sur scène, alors que tant de gens s’extasient, eux ne rêve que d’une chose alors, atteindre la perfection. Ce moment indescriptible où ils auront décocher la droite parfaite où effectuer le saut de l’ange parfait.

Ce moment où cette danseuse et la grâce ne feront plus qu’un, où rien autour d’elle n’existera plus, où pour l’éternité un morceau d’elle-même restera en suspension… ou sur le mur d’une petite fille.

Elle sort de la pièce qu’elle referme doucement, descend les escaliers et sort de sa maison d’enfance.

Le soleil est en train de se coucher, elle ne sait plus trop combien de temps s’est écoulé dans cette chambre, dans ce voyage vers le passé, lorsqu’une petite fille arrive à sa hauteur.
Timide, celle-ci lui tend un bout de papier.

-« Madame s’il vous plaît, je pourrais avoir un autographe ? »

Elle lui sourit

-« Bien sûr ! Comment t’appel tu ? »

-« Léa, j’ai 7 ans ! »

Elle sourit à nouveau et signe sur le papier : « Pour la plus jolie Léa. Aurélie. »
Elle se penche et lui fais un bisou en lui rendant le sésame qu’elle espérait tant.

-« Merci madame. Vous savez quand je serais plus grande je veux devenir une danseuse ! Comme vous ! »

Et tandis que Léa s’en va rejoindre en courant sa maman qui l’attend, Aurélie la regarde.
Pour la deuxième fois de la journée elle pleure…

1 commentaire: