Il y a 15 ans de cela tu
m’as créé, puis sans t’en rendre compte, tu m’as détruite
aussi sûrement que je suis née.
Tu nous as abandonné, la
femme de ta vie et moi-même, seules et orphelines de ton amour.
Tu es la personne que je
devrais le plus aimer au monde et pourtant tu es celle que je déteste
le plus.
Ne sait-tu pas que
parfois, je pleure dans ma chambre parce qu’un garçon m’aura
fait souffrir et que tu n’es pas là pour me réconforter.
Je suis en train de
grandir mais tu n’es pas là pour le voir, je découvre tant de
choses de la vie, je suis confrontée à tant d’obstacles et
personne pour me guider, m’orienter.
Mais malgré tout cela je
dois te remercier d’une chose. Tu m’as appris très tôt qu’on
ne peut avoir confiance en personne et surtout pas en la gente
masculine. Je me suis endurcie plus qu’une fille de mon âge ne
devrait à avoir le faire. Je suis devenue plus forte grâce à toi.
Peut-être trop… Depuis, je refuse de m’ouvrir totalement et j’ai
perdu l’innocence que je peux lire dans les yeux de mes copines qui
pensent encore que le plus fort c’est leur père…
Aujourd’hui j’ai 30
ans et je m’apprête à marcher vers l’autel pour épouser
l’homme que j’aime. Tu ne seras évidemment pas là et cela me
déchire. Petite, on rêve d’un grand mariage avec toute sa famille
autour et bien entendu son père pour nous mener au pied de son futur
mari. Aujourd’hui ce sera mon meilleur ami qui, faute de mieux, te
remplacera. Bien sûr cette absence ne m’empêchera pas de savourer
ce qui sera le plus beau jour de ma vie, mais au moment de passer
devant ma mère qui sera très certainement en larmes je ne pourrais
m’empêcher de penser à toi…. Mon mari m’a appris à de
nouveau aimer les hommes, à les connaître, et si lors de mon
adolescence je pensais que tu étais simplement un connard qui
prenait plaisir à nous faire souffrir maman et moi, aujourd’hui je
sais que ce n’était pas le cas. Tu étais juste trop lâche pour
faire face à tes responsabilités, pour assumer ta position d’homme,
de père et de mari tout à la fois. A mon tour je vais devenir
femme et en regardant les yeux de celui qui va m’épouser je sais
qu’il ne sera pas comme toi, qu’il sera fort, qu’il saura me
protéger et rester auprès de moi.
Aujourd’hui j’ai 46
ans et ma fille de 15 ans vient de claquer la porte de sa chambre en
pleurant et en m’invectivant d’insultes plus grossières les unes
que les autres.
Elle ne peut pas
comprendre que si parfois je lui interdis certaines choses c’est
juste pour son bien. Elle ne peut pas comprendre non plus que parfois
les parents aussi font des erreurs car avant d’être parents ils
n’en sont pas moins humains.
Et même avec les
meilleures intentions du monde il peut arriver que l’on commette
des erreurs…
Je commence a comprendre
Papa… et je pense aujourd’hui être capable de te pardonner tout
le mal que tu m’a fait. J’attendais de toi comme toutes les
petites filles que tu sois parfait, que tu sois toujours là pour
moi, mais tu ne le pouvais pas. Je ne t’ai jamais reparlé depuis
ce jour où tu as franchi le palier de notre appartement, je ne peux
donc pas savoir quelle est ta version des faits, mais aujourd’hui
je crois être capable d’envisager la possibilité que tu es eu de
bonnes raisons pour partir, que je n’étais pas la cause de cette
décision pas plus que ne l’était ta lâcheté.
Aujourd’hui je sais ce
que c’est d’être parent, aujourd’hui pour la première fois
je te pardonne….
Mais il est trop tard.





