Miroir

Une Grande pièce vide, les murs
peints en blanc avec les moulures d’un plafond tout aussi maculé au dessus de
sa tête.
Le parquet marron, si laqué qu’elle peut y voir son reflet, craque sous ses pieds.
Au milieu, une glace géante trône avec son cadre fais de bois toujours blanc. Il est usé. Combien de reflet à t’il vu, elle ne le sait pas.
A vrai dire, elle ne connaît pas cet endroit non plus, mais elle n’est pas inquiète. Elle s’approche lentement du miroir.
Au moment où elle s’y voit, elle
se fige.
Quelle est cette personne, cette
jeune fille en fleur. Son regard dans un premier temps lui semble familier mais
elle ne le reconnaît pas tout de suite. Progressivement elle se souvient…
Sa main rejoint lentement ce
visage, elle le caresse, les yeux dans le vide. Lentement, elle enlève les
bretelles qui retiennent sa robe de nuit.
Lorsqu’elle tombe à ses pieds nu,
son corps se dévoile devant ses yeux,
cette peau douce, ferme et blanche, ces seins dessinés, ces courbes si parfaite
que l’on penserait que dieu lui-même les a créés.
Elle parcourt ce corps qui lui
semble si étranger et qui provoque un mélange de désir et d’envie. Les
souvenirs refont surface.
C’était l’époque de ses vingt ans,
lorsque le printemps annonçait les beaux jours, les jupes courtes, l’amour à la
plage avec celui qu’on aime. C’était l’époque où les yeux se posaient sur elle
comme sur un gâteau au chocolat qu’elle aimait tant, où ses larmes pouvaient
émouvoir quelqu’un…
Soudain le miroir se brouille, ce corps si
parfait et désirable se flétrie, ces cheveux si lisse et brun devienne gris et
échevelés. La peau ferme laisse place aux rides et à la flétrissure. Seul les
yeux ne change pas, seul son regard effrayé par le spectacle de la vieillesse
reste aussi pur et jeune.
Elle titube, part en arrière
devant ce spectacle si atroce, ses mains empoignent ses cheveux comme pour les
arracher, afin qu’ils disparaissent puis repoussent, tel le Phoenix
, aussi beau
qu’avant.
Elle perd l’équilibre en hurlant
des cris d’épouvante devant l’image de son futur. Elle tombe et se cogne la
tête sur le sol.
Elle se réveille en sursaut, le
souffle court, il lui faut quelques instant pour réaliser.
Ce n’était qu’un rêve, la voilà
revenue dans son lit et sa couette, douillette et rassurante, la recouvre. Dans
le noir elle parvient à dissocier la forme de son mari profondément endormi.
Ses poignées d’amour et sa calvitie naissante lui saute aux yeux plus que de
coutume.
Elle regarde l’heure affichée par
son réveil. 6h15, dans un quart d’heure il faudra se lever pour préparer le
petit déjeuner des enfants…
Après avoir repris son souffle,
elle repose sa tête sur son oreiller, les yeux fixés au plafond…
« Où est passé ma jeunesse,
se dit-elle, où sont passés mes rêves ? Ce corps si beau qui n’étais que
le mien voilà des années à disparue et toute mes joies et mes illusions
avec. »
Elle se retourne vers son mari
qu’elle n’aime plus vraiment et comprend…
« Est-il trop
tard ? »…..
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